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Compte-Rendu pendant la récupération de la course de Chavagnes en Paillers (Vendée) Nous sommes lundi, cela ressemble à un jour ordinaire, pourtant, c’est la journée de la solidarité. Il y a quelques années, nous avons vécu une catastrophe, des personnes faibles n’ont pas résisté à la canicule, depuis, il a été décrété la solidarité. Pourtant, nul besoin de décision venant d’en haut pour être solidaire. Mes amis m’ont demandé de faire un récit, de raconter une belle aventure, certains ont eu des bribes de ce qui s’est passé il y a seulement neuf jours, nous étions au championnat de France de 100kms.
C’est si près et si loin, si près parce que mon corps me dit qu’il a eu son compte d’effort et il doit se régénérer, si loin car déjà mon envie de le refaire est bien là et c’est la preuve que s’estompent les souvenirs pourtant imprimés dans mes muscles. C’est là tout le paradoxe de la passion, celle-ci te fait vivre, elle te fait avancer et aussi, elle te consumme et te fait mourir à petit feu. Mon côté asiatique me rappelle le ying et le yang, la vie et la mort, l’ambition et la paresse, la prétention et l’humilité, la folie et la sagesse, l’attirance et la répulsion. Pour reboucler avec ce fameux lundi tant contradictoire, un ami m’avait fait cette remarque, c’est dans l’ultra que je ressens la solidarité. L’ambiance des courses n’est pas la même qu’ailleurs, les anciens se reconnaissent forcément et se saluent, les petits nouveaux sont respectueux pas seulement des performances des anciens mais surtout de leur modestie, leur « humanité ». Parmi les accompagnateurs, il y a aussi des passionnés, ils ou elles ne courent pas toutes ses nombreuses heures jusqu’à sentir les limites de l’endurance physique mais surtout mentale mais ces accompagnateurs vivent, ont vécu et veulent encore revivre ces moments rares. Ce texte que vous lisez peut commencer à vous lasser, alors laissez tomber, la patience, la persévérance est de mise dans notre discipline. Quelques lignes lassent vos yeux, allez donc sur les chemins courir sauter, crapahuter, plus tard votre esprit enfin libéré de votre corps sautillant pourra revenir flâner, écouter le vent qui passe, le temps qui siffle dans les branches, la vie est aussi cachée dans des lieux discrets mais ouverts à qui veut bien s’arrêter, de courir. La vitesse est attirante, la jeunesse veut, réclame, le tout tout de suite, l’ultra, c’est le contraire, il faut savoir attendre, il y aura peut-être des friandises au bout du chemin, des plaisirs d’une autre dimension dans une autre dimension. L’attirance et la répulsion, l’attirance vers la générosité de mes amis que je croise pour certains seulement le temps du papotage sur la ligne de départ, le temps d’une bière avant le repas d’avant course, le temps d’un croisement sur un aller retour accompagné d’une tape dans la main et à l’inverse, la répulsion, la crainte de payer le prix fort pour juste avoir le droit de courir correctement une course dite « Ultra ». Tant que le corps le veut bien, il y a des nouvelles fois et ces petits moments furtifs sont là de nouveau. La répétition peut tiédir la passion, mais pas toujours, ce sont toujours les menus détails qui apportent la nouveauté ce sont les grandes lignes qui se répètent qui apportent la sérénité, le sentiment de déjà-vu peut tout aussi bien titiller la mémoire comme il peut rassurer. Encore un paradoxe de l’envie du confort d’une situation déjà vécu et l’envie de l’aventure pour être délicieusement surpris. L’année dernière, c ‘était le même agenda qui était prévu, avec une préparation générale faite de travail de puissance à l’automne, avec le cross l’hiver, la préparation spécifique marathon au printemps et Chavagnes pour clore le tout. L’année dernière, ça a été presque bien, mais à la sortie des cross, ce fût la fracture de fatigue. Il n’était plus question de tester ou travailler l’endurance, continuer, endurer, fatiguer, continuer, boucler, recommencer, non, il a fallu tout arrêter. C’est le corps qui a commandé, il a dit : « tu brusques les choses, tu crois qu’il suffit de programmer une progression, une adaptation et tout se mettra en place ». Cette année a été menée en sensation, en pesant les envies, en dosant la folie et en mettant une pincée de sagesse. De l’extérieur, un étranger pourrait croire que nous sommes des bœufs ; au Vietnam, les buffles travaillent aux champs, le paysan est tellement fatigué qu’il lui arrive après sa journée de labeur de s’endormir sur le buffle, celui-ci connaît le chemin, tous les jours il rentre, que son maître soit conscient ou non, le buffle regagne la ferme. Tous les jours ou presque, le cent-bornard fait ses sorties que la météo soit clémente ou non que l’envie soit là ou non, il lui arrive de dormir en courant pour rentrer à la maison. L’été a servi à préparer Millau. Fin septembre, la course n’a pas été à la hauteur de mes espérances ni en terme de performance ni en terme de plaisir pendant l’épreuve. Dire que d’autres coureurs doutent qu’on puisse avoir du plaisir sur l’ultra, quelle méconnaissance de nos états d’âme avant, pendant, après nos courses. La rencontre le lendemain de Millau avec les membres du forum Au Delà Du Marathon a valu à elle seule le déplacement. C’était un moment rare où le clavier et l’écran qui nous réunissent via le réseau ont montré leur intérêt et aussi leur fadeur comparés à ce que procurent la vraie vie, les rencontres, les poignées de main, les embrassades. L’ automne qui a suivi, a duré bien trop longtemps, arrivé l’hiver, l’athlète ne s’était pas entrainé et sa condition était au plus bas. Pour les néophytes, il faut expliquer que les athlètes font régulièrement des tests pour ajuster leurs séances, il faut mesurer la Vitesse Maximale Aérobie et la mienne était basse : 16 km/h. Six mois après c’est toujours la même, mon entrainement basé sur le maintien de la vitesse et l’endurance n’a pas fait bouger cette fameuse, cette pitoyable VMA. L’histoire ne s’est pas répétée, il y a bien eu cross l’hiver (avec résultat nul, même pas qualifié au régional), il y a eu la préparation marathon, là ça a été beaucoup mieux car pas de blessure pour gâcher ma saison, le marathon a été raté car l’objectif était la qualif au France et j’ai explosé. Il était temps que je bascule dans la préparation spécifique 100km. En fait, c’est ici que débute mon récit ; pour moi, comme pour beaucoup d’autres, une compétition n’est que l’aboutissement d’une préparation. Pour un athlète de niveau international, la préparation est peut-être sur quatre ans, soit une olympiade pour aboutir (quasi-pléonasme) … aux jeux olympiques. Pour un marathonien de bon niveau c’est peut-être, une saison sportive commençant en septembre-octobre avec la préparation générale allant jusqu’au début de la préparation spécifique deux mois avant l’objectif majeur . Pour moi qui ne suis qu’un modeste coureur n’ayant pas d’objectif mirifique, ma préparation spécifique était quand même bel et bien planifiée car le volume et la spécificité des séances que je m’imposais ne pouvaient être supportés trop longtemps. L’entrainement est bien sûr à adapter à chacun, et pour ma part, je ne me voyais pas faire une préparation à la légère, je sais très bien que plus l’entrainement est « négligé » et plus dure sera la récupération après l’épreuve. Pour rassurer mes proches, pile une semaine après la course, j’ai repris le footing et les sensations étaient excellentes. Ma ligne de conduite pendant cette préparation a été
simple : faire un maximum d’allure spécifique
sous forme de sorties d’un peu plus d’une heure (une
heure quinze, une heure trente), maintenir une fois par semaine
une séance de maintien de la VMA, faire des sorties
longues dont une dans un marathon (ça a été
Nantes qui a confirmé que fatigué je tournais à
5’36 au kilo) et faire quelques courses pour le plaisir
d’aller un peu plus vite, donc en mettant un peu de variété
dans les allures. Ainsi, j’ai couru dans la préparation,
un marathon, un trail à allure 100km et deux 10km me
servant de séances de vma longue, un 15km en allure
marathon. Toute la préparation a été pensée
en fonction des futures conditions de course. Il y a eu des
semaines où la température a grimpé alors je
me suis imposé une sortie longue en pleine après
midi avec sac de chameau. Toute la poche y est passée, ce
qui a montré que mon mélange miel+jus d’orange
passait très très bien sur la durée et je
supportais aussi la quantité. A quelques jours du départ, je commençais à me poser des questions sur des détails de logistique, transport, voiture, qui, quoi etc... Je prenais des nouvelles des copains avec qui je devais courir. Nainnain avait déclaré forfait bien avant, béa était en attente d’examen de son genou. Le verdict tombait à J-3, elle ne prendrait pas le départ, cela faisait mal rien qu’à la marche, donc pendant le cent bornes ce serait inimaginable, insupportable. Françoise son entraineure décidait alors de suivre rené un autre copain. Françoise a accompagné béa sur tous ses 100 bornes, le coup d’essai, la confirmation la victoire en 2005 et la seconde place en 2006 à Chavagnes ; c’est l’exemple de passionnée du cent-bornes, grace à l'accompagnement à vélo, à la planification et au suivi de l’entrainement, elle en connaît plus qu’un rayon sur l’épreuve et bien sûr sur son athlète. Françoise me cotoyant sur les courses locales a pu s’imaginer que je faisais n’importe quoi comme entrainement car elle me voyait trop souvent en « compétition », elle sait qu’il ne faut pas taper dedans tous les dimanches si on veut finir un 100 bornes. Toute compétition nécessite de l’influx nerveux. Moi aussi, je le sais et j’écoute ce qu’elle conseille, ce qu’elle se permet de me dire. De toutes façons, c’est simple, il serait faux de croire que je suis intransigeant en terme d’entrainement, je suis à l’écoute de presque tout et je fais le tri ensuite. Tant pis, je me suis encore laissé emporter par le verbe et le récit de Chavagnes n’a toujours pas commencé, décidement, c’est à croire que ce que j’ai vécu n’est pas … racontable.
Mercredi, onze jours ont passé, des images, des odeurs, des pensées ressurgissent doucement. Une légère bruine m’a découragé alors qu’après ma journée de travail, mes pieds, mes jambes, ma tête me reclamaient un petit footing. La vie est belle, Babeth mon amour n’aime pas la course à pied mais elle a compris que ce cent bornes de Chavagnes a été un moment fort de ma vie. Babeth a en horreur les soirées où mes copains viennent naturellement à parler de notre passion. Malgré cela, elle a sans doute compris que ce championnat revêtait autre chose qu’une énième compétition. Babeth me reproche parfois tout ce temps passé à mon activité d’entraineur. Tiens voilà le fil de l’histoire : l’entraineur et l’athlète. Babeth ne me reproche pas d’aller courir pour mon équilibre pour ma santé pour mon plaisir. Entraineur, oui, je le suis et oui je passe des heures tous le jours à lire les compte-rendus des séances, les compte-rendus de courses et je regarde les courbes (Polar) des athlètes. Toutes ces informations, j’essaie de les digérer, c’est un travail d’abstraction, de reflexion et j’aime ça. La satisfaction du travail bien fait est la plus grande des récompenses pour mon travail et à l’application qu’ont mes athlètes à faire des belles séances. Quand sur une compétition, nous avons la chance de réussir notre coup, l’athlète est aux anges et l’entraineur éprouve énormément de plaisir. Cependant, tant que je pourrais encore faire des compétitions, je l’avoue, le plaisir intellectuel passe au second plan derrière le plaisir de vivre dans son propre corps la course, la vraie ; la course, celle qui demande de bien respirer, d’avoir le geste juste, d’économiser ce qu’il faut, tant qu’il faut pour qu’à la fin ce soit l’apothéose. C’est insensé de constater qu’actuellement, la course sur route semble si mal considérée dans l’athlètisme alors que j’adore déclarer haut et fort, je suis entraineur et je suis aussi un athlète encore quelques temps. C’est beau de voir un sauteur passer une belle barre au dessus de sa tête en fosburry ; en toute modestie, quand il m’arrive de me mettre en configuration vitesse de confort ou vitesse spécifique cent kilomètres, je trouve ça beau voire sublime et malgré que je n’ai aucun appareil, j’entends de la musique, c’est de la musique intérieure. Non ce n’est pas du rock and roll, ce serait plutôt un concerto pour piano et orchestre de Mozart. Courir en endurance, en respectant le tempo, c’est beau, si la pose de pied est juste, c’est comme un toucher juste au piano. Toujours ce fil : l’entraineur et l’athlète. Charlie, le temps de sa préparation et de sa compétition a minimisé son côté entraineur, il a eu le plaisir de vivre lui-même en tant qu’athlète. Voilà qu’il parle à la troisième personne, comme s’il se détachait de son personnage « public » il a droit à sa part personnelle, égoïste. Enfin, c'est l'arrivée le vendredi après-midi à Chavagnes en compagnie de Françoise et René cent-bornard confirmé, le monde de la course à pied est petit et à l’approche du bar, déjà, nous rencontrons des têtes connues. Christian Delerue, met son verre de bière derrière son dos en souriant, il fait semblant de la cacher pour soi-disant ne pas nous provoquer. En fait quelques minutes plus tard, quand de nombreux copains seront là, nous ne nous cacherons nullement pour boire un peu de pression. Nous entrons dans la salle de sport et c’est le rituel, consultation de la liste des inscrits, constation qu’il y a des pointures et rencontres avec tant d’autres coureurs. Certains sont des Internautes qui fréquentent les forums de course à pied mais celui qui a le plus de représentants est bien évidemment le forum de Bruno Heubi- Au Dela Du Marathon. C’est sympa de retrouver ceux qui étaient à Millau, anne-cécile, noël, alain, vincent, et d’autres avec qui on échange un peu ou beaucoup sur le Réseau. Momo et christelle sont maintenant là. Momo sera mon accompagnateur et christelle sera à la logistique à chaque tour de boucle. Je fais la connaissance de membres de Courir Le Monde, Jean-marc qui fera le marathon, et François qui se lancera pour la première sur cent-bornes.
Les discussions ne peuvent pas être différentes de celles qu’abhorre Babeth, elle est un peu présente dans mes pensées mais quand même bien absente alors je peux me lâcher dans mon univers où les termes, FC, allures, ravitos, entrainement, séance, plan de course sont dits, redits et commentés. Bien qu’ayant déjà fait des plans pour d’autres cent-bornards, je ne me permet en aucun cas de critiquer un de mes petits camarades. En lisant un article dans un journal local, j’éclate de rire. Tout modeste coureur que je suis, même si je suis doté d’un grand pouvoir d’abstraction, je ne peux que constater qu’on doit avoir sa propre expérience pour dire qu’on sait ce qu’est un cent bornes et voilà ce que j’ai retenu de l’article. Une marathonienne de très bon niveau donc qui n’a pas encore d’expérience sur cette épreuve, affirme qu’elle pense avoir saisi l’esprit du cent bornes et qu’elle va atteindre sa montagne intérieure. Ce vendredi j’ai éclaté de rire mais le lendemain, constatant son premier chrono sur la distance et sa très belle troisième place, je ne peux que m’incliner et peut-être a t’elle planté un drapeau au sommet de sa montagne intérieure. Elle est du haut niveau et si je ne sais pas respecter les autres, on dira qu’il vaut mieux que j’aille dans mon caniveau. A part pendant ce moment, je crois que j’ai encore gagné en humilité. Nous n’avons pas trainé à la pasta malgré une discussion très sérieuse entre entraineur de la filière hors stade au sujet des derniers évènements survenus à la tête de la fédé.
Cette pasta était sommes toutes, bien sympathique et correcte du point de vue gastronomique, nous sommes rentrés au camping à notre mobile-home, momo, christelle, françoise, rené et moi. Après quelques vérifications du matériel, des vélos, des paniers, après l’épinglage devant et derrière des dossards, après contrôles des ravitaillements, les miens seront simples, bouteilles contenant miel et jus d’orange préssée et quelques sandwiches mousse de canard et boursin ail et fines herbes, nous voilà tous dans nos duvets.
La nuit restera semblable à beaucoup de nuits avant compétition. Toutes les heures, je consulte ma montre et à deux heures du matin, rené me dit : « vas y, tu peux allumer. » (sommeil proche de zéro). Le mobile home tremble et dans la pièce centrale Françoise ne dort pas non plus, alors nous prenons un café, nous voulons y aller. Peu de temps après tout le monde est en partance vers la salle des sports de Chavagnes, les petits dejeuners sont offerts aux coureurs à partir de 3H30. L’air de rien, l’heure tourne et nous n’avons pas tant d’avance. Petit-déjeuner simple mais pain, café, beurre, confiture à volonté. Là je me dis, chapeau l’organisation, on nous fait six ravitos par boucles, on nous offre petit-déjeuner et repas d’après course, tout ça avec le sourire et la bonne humeur toute la journée, le tout pour un tiers du prix d’un marathon commercial. Petit-déjeuner terminé, ça commence à se préciser, on retrouve les copains qui ont dormi dans des gymnases, on se dit qu’il faut aller sur la ligne, nous passons d’abord aux voitures chercher les vélos.
Pour la vingtième édition, un feu d’artifice est tiré, à Chavagnes pas grand monde ne doit dormir à 4h45 du matin. Dans le sas, j’ai le plaisir de revoir anne-cécile, fred. Des rennais me demandent mon objectif, je demande le leur, pas très précis ; est-ce par manque d’assurance ou par cachoterie mais par exemple mariannick que je croise au canal st martin m’annonce 12h. Pour ma part, je reste sur environ 10h. C’est simple c’est 10km/h. On part à 5h je devrais arriver pour 15h. Momo et Françoise sont partis pour le point de rencontre vélo-coureur au deuxième ravito. Des mois de préparations et tout d’un coup, c’est le départ ; ce cent-bornes je l’ai voulu, peut-être même que je le voulais depuis presque deux ans et pourtant je n’ai pas d’émotion sur le départ. Nous faisons une petite boucle dans Chavagnes puis … étrange je sens une odeur suspecte. Incroyable, je me demande si à cause de ce départ très tôt, il n’y aurait pas des goujats qui se seraient abstenus d’une douche salutaire pour les camardes à l’odorat fin. Nous repassons sur la ligne de départ et nous filons vers la campagne, nom de D… voilà que cette odeur revient et je me dis que ce ne peut pas être les mêmes goujats car tous ceux qui étaient autour de moi m’ont déjà distancé, je suis peut-être un des plus lents. Ce qui passe par la tête peut devenir ahurissant, je me demande si cette odeur qui ne me quitte plus ne viendrait pas de … moi. En fait en quittant Chavagnes, une fois sur la route sans habitation alentour, l’odeur a disparu. Mes pensées passent à autre chose, je n’ai pas de lumière frontale mais ce n’est pas nécessaire, il y a suffisament de monde pour ne pas être trop loin d’une petite trace lumineuse. Etant dans le noir, je ne regarde pas mon cardio, de toutes façons les quelques fois où j’ai essayé de lire quelque chose c’était soit 00 soit 170 alors je sais qu’il déconne comme souvent il le fait en début de course. Je me suis entrainé au cardio des heures et des heures, des séances entières. Aujourd’hui, je savoure, je sais que je suis dans le tempo. La musique intérieure est là, l’obscurité accroît la perception du souffle, du léger bruit que font mes pieds au contact du bitume, mon cœur bât si faiblement que cela ne fait rien, je n’ai pas besoin de l’écouter. Par contre, j’écoute ma sagesse. Premier ravito, je bois un verre d’eau pour la forme, je sais grâce à mes nombreux passages sur la balance avant et après les sorties longues que je perds 2/3 de litres d’eau par heure, il faut boire !
La nuit est suffisament sombre que lors du passage dans la forêt, je ne vois pas grand chose et me dis, fais attention à lever les pieds sinon tu vas choper une racinne et tu vas te vautrer comme sur le dernier trail il y a moins d’un mois. Les lucioles au loin sont des points de repère rassurants et j’aime courir dans le noir, cela a un côté magique. Nous quittons la forêt et une route parfaitement plane nous conduit au deuxième ravitaillement. C’est encore une sensation nouvelle, je courais quasiment seul en forêt avec au loin des coassements de grenouilles comme fond sonore et soudain au bout de cette langue d’asphalte, c’est un brouhaha pas très net au début et puis au fur et à mesure qu’on se rapproche, c’est clair, ce sont tous les prénoms des coureurs qui sont criés par les accompagnateurs vélo. En effet, momo m’interpelle et de suite il me confie qu’il avait peur de me rater, c’est qu’il prend son rôle avec beaucoup de sérieux puisque mon approvisionnement dépend de lui. Momo me raconte que tout le monde est passé trop vite, les champions, les costauds, rené et même moi, tout le monde trop vite. Etant au deuxième ravito, il croyait être au km 10 et il n’était qu’aux alentours du 8ème. Mon entrainement à allure spécifique m’a imprimé ma vitesse et je savais que j’étais dans les clous. Peut-être à ce moment là ai-je une pensé pour bruno, il est trop tôt pour l’appeler. Nous avons eu une idée sympa, j’ai mis mon téléphone cellulaire dans le panier de momo, de temps en temps momo et bruno se feront la causette et ce dernier fera une retranscription sur le forum des coureurs et entraineurs bretons. Mais,il ne faut pas déconner, il n’est même pas 6h du matin alors, il fait nuit et nous ne somme qu’au début de cet « ultra ». Dingue, je pense déjà à ce que je vais raconter plus tard car j’adore partager mes sensations sur mes courses et pendant celle-ci je me disais tout le temps, je n’aurai rien à raconter sauf à dire, c’est long, j’endure et je travaille mon mental. Avec momo, nous constatons que je cours à allure régulière, le parcours est assez plat et son GPS annonce toujours une fourchette autour de 6’ au kilo (-10 à +10 secondes). La fausse aube arrive assez vite et je vois et j’entends d’autres coureurs être dans le dur, pourtant nous n’avons à peine fait que vingt kilomètres. Mais deux heures d’effort et certains changent de carburant, pour ceux qui sont partis trop vite, c’est déjà le passage des glucides aux lipides, nom d’un chien, c’est un cent-bornes c’est trop tôt pour avoir un coup de mou. Déjà, je sais qu’un paquet de gars qui m’ont doublé vont être très très mal dans les derniers tours. Chavagnes est composé grossièrement de 4 boucles de 25kms. Momo et moi sommes d’accord pour dire que dans le troisième ou le quatrième tour nous allons ramasser les morts. Je persiste à courir avec le frein à main, je vois passer un coureur rennais qui visait aussi 12h et qui est plus vite que moi, c’est Georges d’ailleurs je le laisse m’appeler Georges par « connivence ». Plus tard je chercherais son classement, je chercherais longtemps. C’est quand même une sacré leçon de patience, il y a des filles que je double allègrement sur 10km ou semi ou marathon mais là, elles me doublent et je ronge mon frein. Restant lucide, je me dis que dans mon propre club je reste humble, je bats béa sur cross et sur 10km mais du point de vue records sur cent bornes, je suis tout simplement QUATRE HEURES derrière. Papy charlie radote, papy charlie ronge son frein parce qu’il sait que s’il enclenche une vitesse, il fera un baroud d’honneur de quarante ou cinquante bornes et après il sera minable. Le jour est bien là, et pour certains il y a eu une accélération due à une petite euphorie. Nous arrivons vers la fin de la première boucle, momo doit sortir du parcours et on sera de nouveau ensemble à la fin de la zone de ravito. Nous attaquons sereinement le deuxième tour. La vielle odeur si désagréable me revient aux narines. C’est rigolo car cela constitue une bonne nouvelle : ce n’est pas moi qui pue, j’apprendrai plus tard que ce sont des élevages de volailles. Nous repassons par les endroits où j’ai couru dans le noir, il faut courir au milieu de la chaussée car sur les bords le bitume est abimé. L’air de rien, ne pas faire attention et courir longtemps avec une pose de pied de travers et c’est le risque d’une tendinite. Dingue ! les petits détails insignifiants qui cumulés sur dix heures peuvent devenir sources de blessures. Il y a un léger petit vent, il n’y a pas assez de densité pour que je me protège dans un groupe et je ne veux pas tricher et me mettre derrière le vélo. Pour la beauté du sport le vélo devrait suivre pas précéder. Pour l’équité avec les autres participants au championnat de France, je ne me ravitaille que dans la zone, momo me tend ma bouteille qu’après le panneau début de zone. La deuxième boucle est « facile » je savoure et me dit que mon entrainement paie. C’est bizarre, tout d’un coup je me mets à pleurer. Je pleure comme il m’arrive de la faire quand je trouve une chose très belle, un film, une musique, là je pleure parce que j’ai immensement plaisir à concrétiser des heures et des heures d’entrainement à courir lentement et je suis fier d’avoir fait çà comme çà. Je ne sais plus si mon bonheur vient d’une sorte de sérénité trouvée ou d’une passion forte controlée. Ce ne sont que quelques heures de course mais j’ai déjà le sentiment que c’est une réussite. Cela pourrait s’arrêter, le boulot est fait et je le crois bien fait. Mais bien sûr quoiqu’il arrive maintenant, j’irais au bout et je savoure ces instants exceptionnels. Momo prend le téléphone et apprend que bruno était déjà prêt à raconter mon histoire sur le forum. Nous approchons du marathon, c’est amusant, certains accélèrent au passage des 42,195km. C’est un symbole pour eux, peut-être ont-ils fait un plan avec temps de passage au marathon. Momo prend de l’avance et me prend en photo là sur la marque du symbole. Je suis dans un groupe qui visiblement est de mon niveau car nous sommes tous frais et souriants, l’échauffement n’est même pas terminé.
Sur le forum bretagne beaucoup de copains ont laissé des messages d’encouragements. Nainnain est de ceux là, il connaît bien Chavagnes pour l’avoir couru l’année dernière. Il parle des 4 tours. Arrivé à mon oreille c’est déformé et ça devient : le premier tour, il en faut bien un, le deuxième n’est que celui qui suit, le troisième ne sert à rien il est là en attendant le quatrième. Pour moi c’est ce que j’ai retenu et ce n’est pas du tout ce qu’ a écrit nainnain mais ce que j’en déduis : tu cours, tu cours, tu cours la première, la deuxième, la troisième boucle et enfin, la course commence dans la quatrième boucle. C’est aussi, tu freines, tu freines, tu freines et tu te bats avec ce qui te reste dans la quatrième boucle. Nous terminons la deuxième boucle, passé ce beau moment à pleurer, je n’ai plus d’émotion, tout est … sans histoire, tiède, ce n’est pas la canicule, il fait gris nuageux, il n’y a pas de risque d’hyperthermie et pas d’orage en vue. En regardant les résultats, j’apprendrai qu’au premier tour j’étais 426ème sur 630 partants, au deuxième tour, il y avait 600 coureurs pointés et je pointe à la 416ème place, j’en ai gratté 10. Dans le troisème tour, j’ai un peu honte de l’avouer maintenant, je redeviens le compétiteur comme sur les cross, je me régale à doubler. J’en double tellement que je décide pour me motiver à ne compter que les participants au France que je repère au dossard plus sombre. Momo s’aperçoit de mon comptage et il devient comme moi … un charognard, nous ramassons les morts, ma motivation à aller « vite » est nourrie de tous ces morts. L’homme est capable des meilleurs sentiments comme des pires. Le cent-bornes est certes couru par des guerriers dans l’âme mais pas des gladiateurs. Ta victoire ne nécessite pas la défaite de l’autre. Sur cette épreuve tous ceux qui terminent ont gagné. Tant pis, à ce moment de la course, c’est l’euphorie, jusqu’à ce qu’on repasse dans la forêt ; là, bizarrement grand coup de mou, je me fais doubler mon allure chûte beaucoup. Au bout de la forêt je retrouve le bel asphalte et je retrouve une nouvelle belle foulée, c’est étrange cette sensation, c’est comme si j’étais en sortie longue et comme si je roulais, c’est de la musique, le tempo est agréable et momo constate une allure relativement impressionnante après 6 heures de course environ. Ma mémoire commence à s’estomper mais j’ai souvenir de discussion avec d’autres coureurs et la bonne humeur étant là, nous faisons un bout ensemble en étant facile. A un moment momo cassant un peu l’ambiance me dit : « charlie fais gaffe à ta FC ». En effet, l’euphorie d’être dans un groupe sympa m’a fait accélérer et ma FC était haute. Par moment, j’ai failli payer cher ces montées de FC car après coup j’avais des débuts de crampes et cela m’imposait de redescendre à des allures plus que très très lentes pour éviter l’arrêt complet. Lors du passage à Chavagnes pour la fin de la troisième boucle, j’entends christelle puis Taz m’encourager, mon moral est à bloc, je lève un poing rageur et dans ma tête je me dis ça y est, c’est la baston. Des impressions de judoka se présentant sur le tatami reviennent, je vais faire un salut et ça va donner. Momo me rejoint à la fin de la zone de ravito et c’est quasiement fini.
Le rapport au temps est fantastique, je me dis que c’est presque fini alors quil reste 25 km et que ça va durer entre 2h30 et 3h. Plus tard j’apprendrai que dans le troisième tour j’ai gagné 82 places. Bizarrement le quatrième tour ressemble énormément au précédent, sauf que maintenant ceux que je double sont souvent à l’arrêt ou marchent comme ils peuvent. J’ai arrété de compter les morts et d’ailleurs ça ne me fait plus avancer, ça ne me motive plus, je n’ose même plus affronter le regard de mes compagnons de route. L’ambiance n’est pas à la gagne mais à l’endurance, la vraie, il faut coûte que coûte regagner la maison. Toujours cette même sensation d’être dans ma sortie longue et je demande à momo combien il reste de bouteilles, deux, alors c’est presque fini. A la maison j’avais préparé mes douzes bouteilles, douzes doses de miel, douze oranges pressées. Il n’en restait plus que deux. Quelques images me reviennent, je ne disais plus rien, j’étais presque un automate, les arrêts au ravitos me faisaient mal quand je repartais. Le passage dans la forêt a encore été pénible, la sortie sur le bitume une renaissance. Le panneau 85 a été psychologiquement un booster. P…. plus que quinze bornes.
Je me rappelle avoir tenu comme je pouvais jusqu’au 95ème, j’ai refusé de m’arréter à l’avant dernier ravito. Je me souviens qu’à un moment j’ai vu béa m’encourager au kéké du bocage. Les derniers kilomètres ont été très lents, j’ai un moment donné rattrapé un copain fabrice puis ça a été un vrai brouillard, j’ai du perdre une minute au kilo sur la fin, pourtant dans ce dernier tour je gagne encore 82 places. A un kilomètre de l’arrivée j’ai eu les encouragements de Françoise et momo, cela m’a poussé à faire un sprint de folie, j’ai tout mis ce qui restait dans mes jambes et j’ai passé la ligne heureux avec la sensation d’avoir été extrémement rapide comme sur le cross. Mon chrono perso me dira que j’étais à … dix kilomètres heure.
Passé la ligne, des épaules accueillantes m’ont soutenu et m’ont aidé à m’asseoir. Après une bière, de nouveau debout, j’ai retrouvé mes amis et j’ai eu le bonheur d’avoir les félicitations de tous, béa, christelle, momo, françoise. J’ai adoré cette course, il me tarde de recommencer. Aujourd’hui, je me sens cent-bornard et j’en suis fier.
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Quelques Photos prises par Christelle Lemercier de coureurs et coureuses
il y a des discussions en cours sur le forum http://courirenbretagne.forumactif.com/Categorie-a-modifier-c1/DIVERS-f6/Christian-le-Hors-Stade-et-la-FFA-t1358-0.htm
Classement des Bretons au Championnat de France: seuls sont listés les licenciés FFA de la région Bretagne qui ont fait les minimas. scratch, temps, Nom, Prénom, Club, Dépt, Région BRE, catégorie/naissance, niveau 13 7h45'07" EVENO Lionel
As J. Cartier St Malo
035 BRE V1M/63 N3 |